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Peut-on vivre de l’athlétisme en France ?

4 janvier 2019 - 12:37

Von Der Laage / Icon Sport   S’ils sont quelques-uns à vivre de l’athlétisme en France, de très nombreux athlètes tricolores doivent se battre quotidiennement pour assouvir cette passion et croire en leur rêve sportif. Enquête sur un sport où le professionnalisme peine à trouver sa place.

 

Si le sport est indivisible dans l’émotion et l’incertitude, il n’en est pas moins très inégalitaire d’un point de vue financier. Car, si certains sportifs gagnent aujourd’hui très bien leur vie, même en dehors de la sphère professionnelle, nombreux sont ceux qui doivent lutter quotidiennement pour continuer à s’investir sportivement. À 19 ans, Axel Adam est l’un d’entre eux. Malgré un titre de champion de France espoir en saut en longueur, le licencié l’Athletic Club Montpellier peine à joindre les deux bouts. « À mon niveau, et même si j’ai fait des podiums nationaux, c’est très compliqué. Je ne vais toucher que 500 euros en 2018 par rapport à mes résultats de l’an passé. En plus, je fais des études, donc je ne peux pas travailler à côté. Entre ma licence, les entraînements et les séances de kiné, c’est vraiment très difficile », explique le jeune étudiant en STAPS, rejoint par Sophie Mazouz, une jeune athlète spécialisée dans le 400 mètres et également licenciée dans la préfecture héraultaise. « Je suis étudiante en médecine et je m’entraîne tous les soirs. C’est une vraie passion que j’ai depuis 10 ans. Après, comme je suis au niveau interrégional, je n’ai aucune aide, même si je suis défrayée lors des compétitions. Les bourses commencent à arriver quand on est au niveau national, même si elles sont très minimes ». Pour ces deux jeunes sportifs entraînés par Jocelyn Piat, Marisa De Aniceto et Bastien Mandrou, il sera très difficile de faire mieux et de voir poindre une évolution positive et véritablement marquante.

Quelques dizaines de professionnels…

Rares. Très rares sont en effet les athlètes à avoir la chance de vivre de leur passion. Une réalité que regrette mais qu’admet André Giraud, président de la Fédération Française d’Athlétisme (FFA). « Peu d’athlètes peuvent encore vivre de l’athlétisme aujourd’hui. Il n’y a pas de statut de l’athlète, c’est ce qui limite l’accès vers la haute performance. Depuis 2007 et la mise en place de la Ligue Nationale d’Athlétisme (LNA), nous en avons chaque année entre 25 et 30 qui ont un statut professionnel et qui sont salariés de leur club, mais dont les salaires sont entièrement à la charge de la Fédération. Comme ce sont souvent les plus performants, ils bénéficient parallèlement de contrats d’équipementiers, de partenaires privés ou de contrats d’insertion professionnelle ». Des contrats plus ou moins importants, mais qui n’en demeurent pas moins essentiels pour plusieurs d’entre eux. Car, au-delà des stars de la discipline dont la médiatisation apporte inévitablement bon nombre de retombées économiques, ils sont des dizaines à vivre leur passion avec des exigences professionnelles, tout en restant dans l’ombre des plus grands.

« Athlé 2024 », un dispositif ambitieux…

D’autres, qui sont entre 50 et 60 en France, peuvent également compter sur le « soutien de l’État, dans le cadre des aides personnalisées qui sont attribuées à chaque athlète qui figure sur les listes ministérielles de haut niveau. Ce sont des aides forfaitaires, à l’année, mais qui ne peuvent être débloquées par le DTN que sur des justificatifs (remboursements de frais de stages, médicaux, de déplacements…). En moyenne, cela représente de 8 000 à 10 000 euros par an, mais cela peut varier ». Depuis de nombreuses années, et malgré tous les progrès qui ont été réalisés en la matière, cette problématique a poussé la FFA à en faire l’un de ses principaux chantiers de travail. Sous l’impulsion d’André Giraud, plusieurs dispositifs viennent d’ailleurs d’être mis en place à l’aube de Paris 2024. « Nous en avons lancé quatre cette année, et notamment un appel à projets à destination des jeunes de 18 à 20 ans. Une douzaine seront sélectionnés et accompagnés autour d’un projet sportif et professionnel à hauteur de 18 000 euros chacun, avec une participation de leur club, de la Fédération ainsi que d’une entreprise. “Athlé 2024” est en ordre de marche. Nous allons également passer d’une trentaine d’athlètes professionnels à 60 en 2018, c’est prévu dans le budget », revendique André Giraud.

Stopper l’hémorragie…

Un président élu en décembre 2016 et dont les ambitions sont très claires. « Notre objectif, c’est de professionnaliser nos meilleurs athlètes de façon à ce qu’ils puissent évoluer dans les meilleures conditions. On souhaite notamment arrêter l’hémorragie que l’on a connue par le passé ». Au-delà des quelques sportifs les plus talentueux et médiatisés pour qui l’enjeu financier n’est plus un problème, la Fédération a donc souhaité poursuivre et accentuer son investissement en soutenant deux fois plus d’athlètes qu’il y a encore quelques mois. Pour les autres, des soutiens privés, institutionnels (instances, collectivités territoriales…) ou encore provenant directement de leur club, demeurent les seules solutions pour se soulager financièrement et espérer vivre leur passion dans un plein épanouissement. Sans cela, c’est tout simplement par une activité professionnelle en parallèle que certains trouveront le moyen de continuer à croire en leur destin sportif. En encourageant et en soutenant les meilleurs athlètes français, dont le dispositif « Athlé 2024 » a récemment été salué par Laura Flessel, la FFA a fait le pari de l’excellence. En 2018, ils seront une soixantaine à être professionnels. Un chiffre qui demeure encore insuffisant, mais qui démontre l’évolution positive que prend la discipline ces dernières années. Une évolution qui ne demande qu’à être confirmée…

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Une partie des nouveaux athlètes de l'école d'athlétisme de la saison 2018/2019


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